17.04.2008

Demeures de l'Ailleurs


Daisy Esther Cohen-Forté s'en est allée mercredi 16 avril 2008

Le Caire, Paris, Mulhouse, Tel-Aviv, Dallas, Chicago, Montpellier, Strasbourg... 

 

Aléha ha-chalom

 

 

 

"Je viens enterrer César, pas pour faire son éloge.

Le mal que les hommes font leur survit;

Le bien est souvent enterré avec leurs os".

 

Shakespeare

Comme chacun d’entre-nous pensant à elle, c’est d’abord à de la vie ensemble que je pense, monologuant ce qu’on appelle des souvenirs, qui l’étaient déjà quand des occasions nous réunissaient. « Vous vous souvenez ! » Il est vrai que Pauline si aimante était notre source d’inspiration. Vous l’aimiez tant. Hier encore, avant son retour à Chicago, vous lui disiez « Oui Mon Cœur ».
Elle vous pleure. Son chagrin est immense.

"Supportez ma peine.

Mon coeur est là, dans le cercueil avec César

Et je dois attendre qu'il me revienneé".

 

Shakespeare

Je vous aimais

Nous Vous aimons.

 

15.04.2008

L'EUROPE, cette emmerdeuse

A paraître le 9 mai 2008

 

L’EUROPE, cette emmerdeuse de Daniel Riot, avec Sandrine Kauffer.. Préfaces de Bernard-Henry Lévy et André Glucksmann .City éditions ( Hachette Livres distribuion)

Daniel Riot et son emmerdeuse d’Europe. Une histoire d’amour. L' histoire d’un homme. L' histoire d’une vie.

Daniel Riot place l’Europe au cœur de sa réflexion et de son travail intellectuel. C’est sans doute parce que l’Europe ne va pas de soi, qu’elle est toujours à questionner, à améliorer, à construire. Son désir d’Europe n’a pas de frontière. C'est davantage une quête qu’une conquête.

Qu'est ce que l'Europe ? Une civilisation ? Une raison de vivre ? Un monde sans guerre ? Une harmonie ? Une étude du monde ? Pourrions-nous ex-sister sans Europe ?

Dans son ouvrage l’Europe cette emmerdeuse, Daniel Riot nous propose une lecture de son Europe. Un rêve d’Europe. Une Europe rêvée. Une Europe en devenir. Une Europe pour le meilleur pour nous défendre du pire.

Les fulgurances ne sont pas rares. A ne pas manquer!

 

Caroll de Maistre

 

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  • ISBN-10: 2352881544
  • ISBN-13: 978-2352881544

 

31.05.2007

Adieu à Philippe Lacoue- Labarthe

Un Au-delà pour la Phrase

De nous deux, de nos rencontres, de nos échanges intimes, je serai dans la pudeur du silence.  Je sais trop bien que les morts comblent nos vœux au-delà de toutes nos espérances.

« De lui je ne sais rien que l’acte et que la mort.medium_lacoue_labarthe_paolini.3.jpg

L’une à l’autre ne donne aucune autorité

ni celle-là pourtant d’avance inscrite ni

l’autre le premier (ou peut-être le second)

où ne se lit nulle épitaphe nul indice

qu’il savait proche l’orage d’une sanction.

Aussi bien de toujours ne l’avait-il pas dit ? »

(Pasolini, une improvisation)

 

 

La mémoire c’est la pensée.

La revue Lignes, dirigé par Michel Surya, vient de reparaître avec un très beau numéro consacré à la pensée de Philippe Lacoue-Labarthe, philosophe, germaniste, homme de théâtre et de musique, disparu le 28 janvier 2007.

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Hommage à l’homme, hommage à l’œuvre à travers de  très beaux textes signés par quelques amis. Chacun d’entre eux témoigne, évoque avec exigence, avec  noblesse, avec pudeur, avec amour, la pensée et le penseur. Des  moments d’une vie, d’un travail. L’œuvre à l’œuvre soumise à l’épreuve  de la question interrogée... 
  
A la croisée des chemins, de la philosophie, de l’art et de la littérature, avec, en particulier,  la poésie  d’Hölderling et de Paul Celan, Philippe Lacoue-Labarthe nous laisse une œuvre exemplaire d’une vingtaine de titres et de traductions (Nietzche, Hölderling, Heidegger).
Heidegger, il n’a cessé de le questionner, avec courage, de livre en livre, à partir  de la compromission du philosophe avec le National socialisme. Une confrontation qui éclaire probablement ses autres approches, qu’elles s’appuient ou non sur la philosophie.
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Pour Philippe Lacoue-Labarthe, la philosophie est indissociable de la littérature.
Tout comme Walter Benjamin, il se considérait critique au sens romantique et non pas philosophe. (« Toute mon ambition est de finir le premier critique d’Allemagne ». Benjamin).
Pour Philippe, faire de la philosophie ne fait pas pour autant le philosophe. Même si cette discipline de la pensée  a été son domaine privilégié aussi bien dans son enseignement (Professeur émérite de philosophie) et dans sa véritable passion pour les idées.
Pour lui, un philosophe, c'est  un inventeur de la philosophie. Or, disait-il,  "je ne construis pas de concepts, je n'organise pas de système, je ne propose pas de l'ordre de la spéculation. Les philosophes qui savent tout, ça n'existe plus".
 « On ne sait pas tout quand on fait de la philosophie,on se pose des questions et poser des questions ce n’est déjà pas si mal ».
Avec son regard malicieux et un sourire éloquent, il me confiait que certains philosophes, aujourd'hui, avaient la vanité d'intervenir en public sur de nombreux sujets y compris ceux sur lesquels  ils n'ont qu'un avis de  citoyen...
Aujourd'hui, Philippe est mort ou c'était peut-être hier. Aujourd'hui je lis ou relis ses livres (Phrase, en ce moment). Une Déchirure. Une contradiction. Mort et vivant. Vie intense de ses textes et immense tristesse de le savoir dans un ailleurs sans adresse.. Le grain de sa voix m'accompagne  et me fait écho. Le deuil est vivant. 
Caroll de Maistre-Riot  

26.05.2007

Lettre au Monde pour l'Etre au Monde

Il serait très beau qu’il y eut un Dieu créateur du monde et une providence pleine de bonté, un ordre moral de l’univers et une vie future, mais il est cependant très curieux que tout cela  soit exactement ce que nous pourrions nous souhaiter à nous-mêmes. (Freud)  

Que pourrait être une Société rêvée ?

A cette question, aucune réponse n’épuiserait  la question. Ce qui n’empêche pas de rêver à une Société qui permettrait à chacun de l’habiter avec : dignité, raison, respect,  courage, responsabilité, politesse. Une Société qui garantirait à chacun d’être reconnu, de lui faire une place et marquer sa place dans la communauté humaine. Venir au Monde ne signifie pas seulement naître pour ses parents, porteurs du désir de la vie, mais naître pour ce qui les dépasse, naître pour l’Humanité. L’Homme arrive dans le monde du pourquoi et du comment. Dans le mystère d’Être là.

Toute société qui prétend assurer aux hommes la liberté doit commencer par leur garantir leur existence. (Léon Blum )   

Nous vivons une époque formidable…..

Ceux qui croient que le pouvoir est amusant confondent « pouvoir » et « abus de pouvoir » (André Malraux).

 

Daniel Riot, ancien éditorialiste aux DNA, ancien Directeur de la Rédaction européenne à France3, spécialiste de l’Europe et de ses institutions, critique, intellectuel, écrivant, vient d’être évincé par le tandem de la ville de Strasbourg des « Entretiens du Conseil de l’Europe » qui doivent se dérouler le 30 mai. Organisé par le Conseil de l’Europe en partenariat avec la Ville de Strasbourg cette manifestation n’en est pas à sa première diffusion. Daniel Riot,  en avait été l’inspirateur et le modérateur. Aujourd’hui son engagement personnel au Mouvement Démocrate et son soutien à Chantal Cutajar lui valent  « nocences » et censure. 

 

"On lie les boeufs par les cornes, et les hommes par la langue" (Pierre Legendre)

21.05.2007

Renaud Camus, un homme bien doux…

Promenade, nourritures terrestres et célestes, conversation avec Renaud Camus et son ami Pierre, un samedi soir de mai à Strasbourg .Un moment de grâce. Une fête de l’Esprit.

 

 

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« Il y a une manière d’entrer dans le temps sans se vendre aux puissances du temps. »

(Antonin Arthaud)

« Le Texte, c’est le champ de l’aruspice, c’est une banquette, un cube à facettes, un excipient, un ragoût japonais, un charivari de décors, une tresse, une dentelle de Valenciennes, un oued marocain, un écran télévisuel en panne, une pâte feuilletée, un oignon, etc. »

(Roland Barthes)

 

medium_renaud_camus_livre.3.jpgRenaud Camus a attaché  une grande importance  à cette invention ludique de Roland Barthes qui a eu sur lui un effet foudroyant et durable : la bathmologie. Tous ses travaux d’écriture s’inscrivent dans cette mouvance, le jeu des niveaux, la science des degrés. Toutes les formes possibles d’un retour à la même chose qui ne soit plus la même chose.

« La bathmologie ce serait le champ des discours soumis à un jeu de degrés. Certains langages sont comme le champagne : ils développent une signification postérieure à leur première écoute, et c’est dans ce recul du sens que naît la littérature » (R. Barthes)

Vaste laboratoire de la forme éclairante, du style, de la graphie, l’œuvre de Renaud Camus est considérable, prodigieuse : « Si on veut se mettre à lire Renaud Camus, par où commencer ? - Pour commencer à lire Renaud Camus, il est indispensable d’avoir déjà lu un livre de Renaud Camus ».

Cette œuvre est, surtout,   à plusieurs entrées  : les volumes du journal, les répertoires, les éloges, les élégies, les chroniques, les romans, les récits, les topographies, les miscellanées, les écrits sur l’art… et les églogues, cette vaste trilogie (Passage, Travers, Echange) dont le cinquième livre du troisième volume vient de paraître sous le titre « L’Amour l’Automne » sous la signature de J.R.G. Le Camus et Antoine du Parc.

Toute tentative de définir, de cerner, d’expliquer  l’œuvre, le Renaud Camus en et par lui-même, par  ses Auteurs (hétéronymes) et à travers les autres est tout simplement impossible. Ce ne serait  que réducteur et nous serions bien embarrassés d’en apprivoiser toutes les nuances et l’infini complexité. Si j’ose m’en approcher, c’est parce que j’éprouve à l’endroit de ce grand écrivain et de son œuvre si singulière et fascinante une profonde admiration,  et une empathie  respectueuse et chaleureuse.

L’Amour L’automne

La porte des églogues s’ouvre sur un immense océan aussi fascinant que mystérieux. Leurs lectures sont de l’ordre du ravissement. La confrontation aux diversités typographiques  (mallarméenne, valéryenne), le style foisonnant et maîtrisé nous ouvre des horizons inconnus qui attirent ou repoussent, selon ce que l’on est et ce qu’est notre vision du monde.

Poème pastoral et amoureux, l’églogue est  pour Renaud Camus tirée du discours (ex logos), : les phrases, les mots, les situations qui tournoient autour de nous dans notre vie immédiate. Les églogues se lisent,  lisent et lient (lier anagramme de lire). La lecture des églogues constitue un vaste programme de lectures et d’expériences, mais aussi de visionnages de films, de récits d’aventures amoureuses, de contemplation de tableaux, d’écoute de lieder, de voyages intérieurs, d’érudition raffinée. Une course-poursuite à travers l’ensemble des champs de la culture occidentale.

Les églogues, outils exploratoires,  jeux de lumières et d'ombres et je d'ci et maintenant 

Ce qui peut surprendre dans une approche consultative des églogues de Renaud Camus, c’est ce mélange étrange de styles, de typographies, de rythmes, de sonorités, d’assemblages, d’ordre linéaire suspendu qui semble donner  l’impression d’un grand chaos, d’un grand désordre, d’un abandon.  Pourtant, il n’en est rien. Le lien. Il n’y a que du lien dans ce texte arcadien.

A l’intérieur de ce grand mélange, de ces brassages et de ces embrasements ne cessent de se créer de l’ordre. Le lien. Plus il y a de liens, plus la séparation intervient, plus la structure est éclatée. Le lien. Par nouages, assemblages, associations, entrecroisements, collages et déchirures, glissements et refoulements, torsions et distorsions, extensions et régressions, acquisitions et déperditions. Un labyrinthe de liens qui  peuvent être de toute nature, de toutes origines, empruntés à l’érudition, à l’anagramme, à l’expérience personnelle, et à tous les domaines de la connaissance.

Les églogues de Renaud Camus sont des explorations, par la constante recherche de « passages », de « traverses », par des échanges de chaque instant à travers l’espace et le temps.  Des feux d’artifice d’intelligence.

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14.05.2007

Un philosophe inclassable, mais pas infréquentable...

«J’ai vu, dans ma vie des Français, des Italiens, des Russes, etc., je sais même, grâce à Montesquieu, qu’on peut-être persan: mais quant à l’homme, je déclare ne l’avoir jamais rencontré de ma vie; s’il existe, c’est bien à mon insu».Joseph de Maistre.

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Vient de paraître aux éditions Laffont collection Bouquins, le très bel ouvrage de Joseph de Maistre : Oeuvres

On découvre dans ce beau volume toutes les facettes de de Maistre, pas seulement le Maistre polémiste, le Maistre théoricien de la grande révolution, le Maistre métaphysicien, mais aussi le Maistre grand écrivain et inventeur de la nouvelle sociologie.

Ce choix d'oeuvres est publié dans le récit scrupuleux des manuscrits : Considérations sur la France, Essai sur le principe générateur..., Soirées de Saint-Pétersbourg, Eclaircissement sur les sacrifices ainsi que des textes moins connus : Six paradoxes, Sur le protestantisme qui n'ont jamais été réédités depuis leur édition originale. Des inédits, assortis d'un ample apparat savant, chaque texte est accompagné d'une introduction qui en présente les enjeux et d'une précieuse annotation qui en éclaire les difficultés

Ecrivain, philosophe, juriste, sociologue avant la lettre, Joseph de Maistre fait partie des penseurs qui ont eu la plus grande influence sur le débats d’idées tout au long du XIXe siècle et même encore au XXe.

Qu’ils soient ses admirateurs ou ses détracteurs, très nombreux sont ceux qui ont cru devoir se situer par rapport à sa pensée.

C’est pourquoi son œuvre est une entrée de choix dans les débats idéologiques et les grands questionnements politiques du monde moderne : les droits de l’homme, la démocratie, les liens du politique et du religieux, la peine de mort, la guerre… Cette édition constitue un travail scientifique novateur.
Mais on peut aussi lire de Maistre, comme Valéry, à la façon du dilettante pour la saveur de son écriture. Ses traits d'esprit sont rehaussés par une langue admirable : causticité , imagination, acuité intellectuelle, de Maistre séduit jusqu'à ses adversaires.



13.05.2007

Malaise dans l’éducation

« J’écris (…), non pour le lecteur d’aujourd’hui, mais pour tous les lecteurs qui pourront  se présenter, tant que la langue vivra ». (Gustave Flaubert, lettre à George Sand 1872)

Pouvions-nous espérer que la campagne électorale ait permis de  regarder en face  et de diagnostiquer  la situation catastrophique de l’enseignement et de notre système éducatif en France ? Un désastre pour les uns ! Un véritable naufrage pour les autres !

L’un des problèmes fondamentaux de l’école  qui devrait être posé  au cœur d’une réflexion collective c’est la question de son but, de son objet. Si le terme service public est venu remplacer la notion d’institution, ce n’est certainement pas un hasard. L’école doit, en effet, répondre à deux fonctions en même temps : un service rendu aux familles qui est de fournir une éducation à chaque enfant pour lui permettre de devenir un adulte, d’avoir une place dans la société et de pouvoir y travailler. Un rôle collectif qui est de constituer une nation autour de valeurs communes, de références communes et autour d’un grand récit historique. L’école comme institution devrait fournir la capacité à fabriquer des hommes libres, émancipés et par conséquent de bons citoyens.

 

L’urgence des réformes

 

Il faut absolument repenser les contenus scolaires, c’est un problème politique que doit se poser une société. Définir ce que les élèves doivent savoir, définir ce qui doit être acquis à chaque niveau et enfin définir quelles seront les compétences communes, le socle commun, à l’ensemble de la nation.  Un contrôle des connaissances par des examens obligatoires  à la fin de chaque cycle afin de pouvoir repérer les élèves en difficulté. Une école juste est une école qui fournirait à chaque enfant les instruments de la langue, et les compétences nécessaires pour le passage au niveau supérieur. Ecole, du latin scola,  du grec scholé ; loisir, loisir consacré à l’étude.

Malheureusement à mon grand désarroi l’école est devenue cette peau de chagrin ou l’instruction, l’apprendre à penser ne fait plus recette, la consommation, la culture de l’immédiateté, du tout  tout de suite, l’affirmation de soi, le soi-mêmisme (plus chacun est soi-même, mieux tout le monde est pareil, médiocrement pareil) ne cesse de faire des adeptes. S’agit-il de fabriquer des crétins procéduriers, adaptés à la consommation ou des hommes libres ?  

 

Le français, une langue étrangère

 

On est, aujourd’hui, devant un constat alarmant et il faudrait manquer de  lucidité pour ignorer qu’une bonne partie  de la  jeunesse y compris la jeunesse favorisée ne maîtrise pas la langue française et ne manie pas les concepts. La langue française serait en passe de devenir une langue étrangère, « une démo en live dans votre service SFR ». Ce qui prévaut ce sont les talk shows télévisés où chacun peut « démocratiquement » donner son avis ! Expression fameuse de François Taillandier à propos des animateurs de télé « Les pignoufs de la télé dont la grossière autosatisfaction culmine dans le clochardisme expressif le plus déboutonné ».

Si nous devions revisiter l’école laïque de la III République , nous serions tristement étonnés de constater à quel point l’école a été vidée, insidieusement, de ces principes fondamentaux. La connaissance, le savoir, l’étude, l’esprit critique, la transmission de la grande Culture léguée par les siècles d’histoire sont passés à la trappe au profit  de trente ans de réformes dites « démocratiques » où l’absurdité est revendiquée : les élèves ne sont plus des élèves mais des jeunes et les professeurs ne sont plus des professeurs. "Les jeunes (..) ,ce qu'ils veulent, c'est inter réagir". (Mr Allègre)

Les responsables politiques et les experts en pédagogie n’ont cessé de dire aux professeurs qu’ils devaient abandonner leur archaïque prétention d’enseigner.

Les « enfants de la télé »

Il serait grand temps que l’école résiste à la sommation d’être en elle-même démocratique si elle veut se sortir de cette impasse. La préférence aux nouvelles technologies, de la télévision à inter net montre que la volonté utilitariste est portée par le système éducatif mais aussi les parents. On est en droit de se demander si ces outils de communication n’ont pas ravi ceux de l’école, et ne se sont pas substitués à la fonction éducative des parents auprès des enfants.  

Ce sont pour l’essentiel ces « enfants de la télé » qu’on retrouve désormais à l’école. Certains professeurs font parfois l’amer constat que ceux qu’ils ont devant eux ne sont plus des élèves : plus d’écoute, la parole a disparu non qu’ils soient devenus muets mais une grande difficulté à s’intégrer dans le fil du discours.

A l’université, on voit tout un courant pédagogique se mettre en place refusant de demander aux étudiants de penser. Il faudrait les distraire, les animer, les laisser « démocratiquement » zapper à leur guise, leur faire raconter leur vie, leur montrer que les acquis de la logique ne sont que des abus de pouvoirs. Le savoir est devenue une préoccupation presque accessoire.

Nous vivons à cet égard un tournant capital, car si la forme est atteinte, ce ne sera pas seulement les institutions que nous avons en commun qui seront en danger, ce sera aussi ce que nous sommes. Ce que sommes-nous en train de devenir ?

« L’éducation libérale (libéral : dans son sens ancien, de désintéressé, digne d’un homme libre) est une éducation qui cultive ou qui a pour fin la culture. Le produit finit d’une éducation libérale est un être humain cultivé » (Léo Strauss)

12.05.2007

L'Etat de Disgrâce, par Alain Finkielkraut

Point de vue paru dans le Monde

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11.05.2007

Contrainte d’Ecrire pour Exister

 Variation autour d'un ouvrage. A la demande de François Wolferman qui, pour la librairie Kléber prépare un petit catalogue original de suggestions de lectures pour l'été.

Singulière expérience. Ecrire sur un livre que j’ai aimé, sans retour au texte, par d’autres traverses que la critique littéraire traditionnelle. Une écriture de la mémoire et de l’oubli pour devenir le sujet écrivant d’une de mes lectures. Mais quel livre de quel auteur choisir ? Destinée à la marinade, j’attends, comme une huître rêveuse, le souvenir du livre qui m’aimante…Quand un mot éclot!

Insistant, ce mot s’impose  « contrainte ». Contrainte puisque François W m’assigne. Contrainte parce que m’imposant le souci de ne rien laisser au hasard je le soumets à l’épreuve de l’association : contrainte…tiroir, ouvroir. Ouvroir, mot déclic : Ecrivains Oulipiens. Ecrivains de la contrainte.

« Ce jeu insensé d’écrire », dont parlait Mallarmé, a dû être au cœur de la fascination qu’a exercé cet écrivain sur moi : rapport jubilatoire aux mots et aux lettres. Un manipulateur de l'artifice littéraire, un Homme de Lettres et… d’alphabet. La lecture de ses textes m’a procurée des emportements de plaisir : éblouissements de langage d’une incandescence mystérieuse. Avec son écriture compulsive, ses descriptions minutieuses, son désir maniaque d’ordonner, son goût obsessionnel des listes, sa planification du temps et de l’espace, ses constructions langagières. Avec cette architecture savante qui en faisait un écrivain inclassable, talentueux mais aussi un homme pathétique. Ecrire ? Sa façon de s’approprier le monde. D’être au monde. Ecrire pour exister. De qui s’agit-il ?

P erce le silence

E crivain oulipien

R estaure le passé

E crit pour sur vivre

C ontrainte pour dire

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PEREC

Ce livre est le plus poignant et le plus accompli de Perec. Avec une vitalité désespérée dans son enquête sur son passé oublié et ses souvenirs confisqués il nous embarque, à la recherche du temps perdu, sur un radeau instable : les courants et les contre courants troublent notre confort de voyageur. "Je n'ai pas de souvenirs d'enfance. L'Histoire avec sa grande hache avait déjà répondu à ma place : guerre, camps". Ce texte s’ouvre sur deux récits alternés qui semblent ne rien avoir en commun et sont pourtant inextricablement enchevêtrés ». « Mais pourquoi deux ? Pourquoi deux paroles pour dire la même chose ? (…) C’est que celui qui la dit, c’est toujours l’autre. » (Nietzsche)

Le premier texte, qualifié d’imaginaire, est construit à partir d’un fantasme enfantin : une cité régie par l’idéal olympique, métaphore des camps de concentration. L’autre est une autobiographie presque sans… souvenirs.

W eh, oï, weh

 

O mbres insensées

U surpe le temps

 

L ieu de l'antre

E tre et néant

 

S ouvenir évanoui

O ubli

U nivers rêvé

V ie

E sthétique du manque

N é

I le mystérieuse

R epère

 

D ire l’absence

E crire comme vouloir

N oyau du livre

F iction olympique

A utobiographie

N ouage de lettres

C roix gammée

E toile jaune

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Caroll de Maistre-Riot (psychanalyste) sous la contrainte et le signifiant W de François Wolfermann. A la manière de (et sur) Georges Perec : « W ou Souvenir d’enfance »