21.05.2007

Renaud Camus, un homme bien doux…

Promenade, nourritures terrestres et célestes, conversation avec Renaud Camus et son ami Pierre, un samedi soir de mai à Strasbourg .Un moment de grâce. Une fête de l’Esprit.

 

 

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« Il y a une manière d’entrer dans le temps sans se vendre aux puissances du temps. »

(Antonin Arthaud)

« Le Texte, c’est le champ de l’aruspice, c’est une banquette, un cube à facettes, un excipient, un ragoût japonais, un charivari de décors, une tresse, une dentelle de Valenciennes, un oued marocain, un écran télévisuel en panne, une pâte feuilletée, un oignon, etc. »

(Roland Barthes)

 

medium_renaud_camus_livre.3.jpgRenaud Camus a attaché  une grande importance  à cette invention ludique de Roland Barthes qui a eu sur lui un effet foudroyant et durable : la bathmologie. Tous ses travaux d’écriture s’inscrivent dans cette mouvance, le jeu des niveaux, la science des degrés. Toutes les formes possibles d’un retour à la même chose qui ne soit plus la même chose.

« La bathmologie ce serait le champ des discours soumis à un jeu de degrés. Certains langages sont comme le champagne : ils développent une signification postérieure à leur première écoute, et c’est dans ce recul du sens que naît la littérature » (R. Barthes)

Vaste laboratoire de la forme éclairante, du style, de la graphie, l’œuvre de Renaud Camus est considérable, prodigieuse : « Si on veut se mettre à lire Renaud Camus, par où commencer ? - Pour commencer à lire Renaud Camus, il est indispensable d’avoir déjà lu un livre de Renaud Camus ».

Cette œuvre est, surtout,   à plusieurs entrées  : les volumes du journal, les répertoires, les éloges, les élégies, les chroniques, les romans, les récits, les topographies, les miscellanées, les écrits sur l’art… et les églogues, cette vaste trilogie (Passage, Travers, Echange) dont le cinquième livre du troisième volume vient de paraître sous le titre « L’Amour l’Automne » sous la signature de J.R.G. Le Camus et Antoine du Parc.

Toute tentative de définir, de cerner, d’expliquer  l’œuvre, le Renaud Camus en et par lui-même, par  ses Auteurs (hétéronymes) et à travers les autres est tout simplement impossible. Ce ne serait  que réducteur et nous serions bien embarrassés d’en apprivoiser toutes les nuances et l’infini complexité. Si j’ose m’en approcher, c’est parce que j’éprouve à l’endroit de ce grand écrivain et de son œuvre si singulière et fascinante une profonde admiration,  et une empathie  respectueuse et chaleureuse.

L’Amour L’automne

La porte des églogues s’ouvre sur un immense océan aussi fascinant que mystérieux. Leurs lectures sont de l’ordre du ravissement. La confrontation aux diversités typographiques  (mallarméenne, valéryenne), le style foisonnant et maîtrisé nous ouvre des horizons inconnus qui attirent ou repoussent, selon ce que l’on est et ce qu’est notre vision du monde.

Poème pastoral et amoureux, l’églogue est  pour Renaud Camus tirée du discours (ex logos), : les phrases, les mots, les situations qui tournoient autour de nous dans notre vie immédiate. Les églogues se lisent,  lisent et lient (lier anagramme de lire). La lecture des églogues constitue un vaste programme de lectures et d’expériences, mais aussi de visionnages de films, de récits d’aventures amoureuses, de contemplation de tableaux, d’écoute de lieder, de voyages intérieurs, d’érudition raffinée. Une course-poursuite à travers l’ensemble des champs de la culture occidentale.

Les églogues, outils exploratoires,  jeux de lumières et d'ombres et je d'ci et maintenant 

Ce qui peut surprendre dans une approche consultative des églogues de Renaud Camus, c’est ce mélange étrange de styles, de typographies, de rythmes, de sonorités, d’assemblages, d’ordre linéaire suspendu qui semble donner  l’impression d’un grand chaos, d’un grand désordre, d’un abandon.  Pourtant, il n’en est rien. Le lien. Il n’y a que du lien dans ce texte arcadien.

A l’intérieur de ce grand mélange, de ces brassages et de ces embrasements ne cessent de se créer de l’ordre. Le lien. Plus il y a de liens, plus la séparation intervient, plus la structure est éclatée. Le lien. Par nouages, assemblages, associations, entrecroisements, collages et déchirures, glissements et refoulements, torsions et distorsions, extensions et régressions, acquisitions et déperditions. Un labyrinthe de liens qui  peuvent être de toute nature, de toutes origines, empruntés à l’érudition, à l’anagramme, à l’expérience personnelle, et à tous les domaines de la connaissance.

Les églogues de Renaud Camus sont des explorations, par la constante recherche de « passages », de « traverses », par des échanges de chaque instant à travers l’espace et le temps.  Des feux d’artifice d’intelligence.

Caroll de Maistre-Riotmedium_renaud_camus_dedicace.jpg

 

 

 

Commentaires

Vous aimez le politiquement incorrect, je vous croyais conformiste ! Il reste donc du De Maistre en vous, j'en suis ravi !
Dommage pour Camus, je n'ai su sinon serais venu !

Ecrit par : Cagliostro | 22.05.2007

Dommage pour vous, aussi, Monsieur Cagliostro.
Cordialement
Caroll de maistre

Ecrit par : Caroll de Maistre-Riot | 23.05.2007

Tout ce qui est politiquement correct et intellectuellement incorrect, M.Cagliostro. Très bel article, Caroll. "Je suis qui je croise", dit Albet Jacquart. Nos rencontres nous enrichissent. Les bogs tels que le vôtre aussi.

Ecrit par : daniel | 27.05.2007

Citer Albert Jacquard dans une note consacrée à Renaud Camus… Nom d'une pipe, il fallait le faire !

Ecrit par : Georges | 31.05.2007

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