17.07.2008

Coup de coeur pour un article de Johanna Lehr sur RELATIO

Les Bienveillantes de Jonathan Littell : Histoire d'« une bévue ». PDF Imprimer Email
 

par Johanna Lehr, avec la collaboration de Daniel Lehr

L'événement de la rentrée littéraire française 2006 poursuit sa trajectoire internationale, la scansion des traductions imprimant son rythme aux polémiques qui naissent dans son sillage. À l'heure où Les Bienveillantes déferlent sur le marché israélien, les débats redoublent d'intensité douloureuse quant à la question de la légitimité même d'une telle écriture fictionnelle.

Pour Littell, « un nazi sociologiquement crédible n'aurait jamais pu s'exprimer comme (son) narrateur[1] ». Lanzmann avance la même idée, mais pour critiquer le livre : aucun des anciens nazis qu'il a rencontrés au cours du tournage de Shoah n'a jamais parlé[2].

Littell revendique en réalité sa liberté d'auteur, trop souvent oubliée par les divers critiques qui cherchent à lui faire endosser un costume d'historien qu'il s'obstine à repousser d'un revers de phrase : « Max Aue est un rayon X qui balaye, un scanner. Il n'est effectivement pas un personnage vraisemblable. Je ne recherchais pas la vraisemblance, mais la vérité. Il n'y a pas de roman possible si l'on campe sur le seul registre de la vraisemblance. La vérité romanesque est d'un autre ordre que la vérité historique ou sociologique.[3] » 

Nous ne nous attacherons pas ici à débusquer les « invraisemblances historiques » qui lui ont été reprochées ailleurs pour invalider le bien fondé ou la résultante de sa démarche littéraire : à notre sens, les critiques s'annulent d'elles-mêmes lorsqu'elles se placent sur ce terrain extérieur à la dimension littéraire de l'objet.

 Ces « invraisemblances historiques » sont cependant hautement intéressantes à nos yeux, mais pour une raison tout à fait inverse : elles constituent en tant que choix narratifs un point de départ significatif pour questionner la construction du roman. L'intentionnalité de l'auteur fonctionne comme un révélateur : une œuvre artistique, en s'inscrivant dans l'histoire, transcende forcément les limites du projet délibéré, et s'avère dépassée par les commentaires que l'œuvre suscite.

LIRE L'ETUDE SUR RELATIO-EUROPE.EU

16.07.2008

Défendre la psychanalyse: La pétition sur Relatio-Europe

     
 

« Arrêtez l'arrêté ! », par Caroll de Maistre

(Psychanalyste et rédactrice en chef de Relatio Europe)

PSYCHANALYSTES, VOS PAPIERS!

PSYCHANALYSTES, PAS MORTS...

 La lutte contre le charlatanisme, oui. Il se niche dans toutes les professions... La dénaturation de la psychanalyse, non ! Les politiques, en France, tentent de règlementer , à leur manière, les métiers liés aux psychothérapies. Pourquoi pas ?

Mais pas n'importe comment, pas en détruisant ce que la psychanalyse peut et doit apporter dans cette société en mal de deshumanisation.

La psychanalyse, discipline bien spécifique et bien dérangeante, ne veut pas et ne doit pas se laisser « enchainée ». Elle est clinique de la subjectivité, écoute particulière ("flottante") de la personne en analyse, le Sujet respecté dans sa spécificité, dans son humanité, dans sa singularité.

Elle n'est pas une simple technique. C'est une pratique, une praxis, qui est soumise à une condition fondamentale: être formé à la psychanalyse par une longue analyse personnelle, sur le Divan, et complétée par une formation "infinie", selon l'expression de Lacan, parmi des psys expérimentés.

Un "techno-psy"n'est pas un psy, souligne justement Miller.

Freud le disait déjà: La psychanalyse ne doit pas se laisser engloutir par la psychologie...

Un nouvel arrêté, mis au point par le ministère de la santé et défendu par celui de la recherche et des universités, après de multiples tentatives de « règlementations » faites (en vain) depuis cinq ans (et notamment depuis l'amendement Accoyer de 2004) a relancé une polémique bien française qui est suivie de près en Europe.

Freud n'a-t-il pas marqué toute la pensée européenne contemporaine ? Les enjeux ne concernent-ils pas la vision européenne de la psyché, si différente du faux modèle technicien américain? RELATIO-Europe fait le point sur un débat qui concerne la nature même de la société.