11.05.2007
Contrainte d’Ecrire pour Exister
Variation autour d'un ouvrage. A la demande de François Wolferman qui, pour la librairie Kléber prépare un petit catalogue original de suggestions de lectures pour l'été.
Singulière expérience. Ecrire sur un livre que j’ai aimé, sans retour au texte, par d’autres traverses que la critique littéraire traditionnelle. Une écriture de la mémoire et de l’oubli pour devenir le sujet écrivant d’une de mes lectures. Mais quel livre de quel auteur choisir ? Destinée à la marinade, j’attends, comme une huître rêveuse, le souvenir du livre qui m’aimante…Quand un mot éclot!
Insistant, ce mot s’impose « contrainte ». Contrainte puisque François W m’assigne. Contrainte parce que m’imposant le souci de ne rien laisser au hasard je le soumets à l’épreuve de l’association : contrainte…tiroir, ouvroir. Ouvroir, mot déclic : Ecrivains Oulipiens. Ecrivains de la contrainte.
« Ce jeu insensé d’écrire », dont parlait Mallarmé, a dû être au cœur de la fascination qu’a exercé cet écrivain sur moi : rapport jubilatoire aux mots et aux lettres. Un manipulateur de l'artifice littéraire, un Homme de Lettres et… d’alphabet. La lecture de ses textes m’a procurée des emportements de plaisir : éblouissements de langage d’une incandescence mystérieuse. Avec son écriture compulsive, ses descriptions minutieuses, son désir maniaque d’ordonner, son goût obsessionnel des listes, sa planification du temps et de l’espace, ses constructions langagières. Avec cette architecture savante qui en faisait un écrivain inclassable, talentueux mais aussi un homme pathétique. Ecrire ? Sa façon de s’approprier le monde. D’être au monde. Ecrire pour exister. De qui s’agit-il ?
P erce le silence
E crivain oulipien
R estaure le passé
E crit pour sur vivre
C ontrainte pour dire
PEREC
Ce livre est le plus poignant et le plus accompli de Perec. Avec une vitalité désespérée dans son enquête sur son passé oublié et ses souvenirs confisqués il nous embarque, à la recherche du temps perdu, sur un radeau instable : les courants et les contre courants troublent notre confort de voyageur. "Je n'ai pas de souvenirs d'enfance. L'Histoire avec sa grande hache avait déjà répondu à ma place : guerre, camps". Ce texte s’ouvre sur deux récits alternés qui semblent ne rien avoir en commun et sont pourtant inextricablement enchevêtrés ». « Mais pourquoi deux ? Pourquoi deux paroles pour dire la même chose ? (…) C’est que celui qui la dit, c’est toujours l’autre. » (Nietzsche)
Le premier texte, qualifié d’imaginaire, est construit à partir d’un fantasme enfantin : une cité régie par l’idéal olympique, métaphore des camps de concentration. L’autre est une autobiographie presque sans… souvenirs.
W eh, oï, weh
O mbres insensées
U surpe le temps
L ieu de l'antre
E tre et néant
S ouvenir évanoui
O ubli
U nivers rêvé
V ie
E sthétique du manque
N é
I le mystérieuse
R epère
D ire l’absence
‘
E crire comme vouloir
N oyau du livre
F iction olympique
A utobiographie
N ouage de lettres
C roix gammée
E toile jaune

Caroll de Maistre-Riot (psychanalyste) sous la contrainte et le signifiant W de François Wolfermann. A la manière de (et sur) Georges Perec : « W ou Souvenir d’enfance »
11:35 Publié dans Coups de plume | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lecture, livres, lettres, Perec


