16.07.2008

Défendre la psychanalyse: La pétition sur Relatio-Europe

     
 

« Arrêtez l'arrêté ! », par Caroll de Maistre

(Psychanalyste et rédactrice en chef de Relatio Europe)

PSYCHANALYSTES, VOS PAPIERS!

PSYCHANALYSTES, PAS MORTS...

 La lutte contre le charlatanisme, oui. Il se niche dans toutes les professions... La dénaturation de la psychanalyse, non ! Les politiques, en France, tentent de règlementer , à leur manière, les métiers liés aux psychothérapies. Pourquoi pas ?

Mais pas n'importe comment, pas en détruisant ce que la psychanalyse peut et doit apporter dans cette société en mal de deshumanisation.

La psychanalyse, discipline bien spécifique et bien dérangeante, ne veut pas et ne doit pas se laisser « enchainée ». Elle est clinique de la subjectivité, écoute particulière ("flottante") de la personne en analyse, le Sujet respecté dans sa spécificité, dans son humanité, dans sa singularité.

Elle n'est pas une simple technique. C'est une pratique, une praxis, qui est soumise à une condition fondamentale: être formé à la psychanalyse par une longue analyse personnelle, sur le Divan, et complétée par une formation "infinie", selon l'expression de Lacan, parmi des psys expérimentés.

Un "techno-psy"n'est pas un psy, souligne justement Miller.

Freud le disait déjà: La psychanalyse ne doit pas se laisser engloutir par la psychologie...

Un nouvel arrêté, mis au point par le ministère de la santé et défendu par celui de la recherche et des universités, après de multiples tentatives de « règlementations » faites (en vain) depuis cinq ans (et notamment depuis l'amendement Accoyer de 2004) a relancé une polémique bien française qui est suivie de près en Europe.

Freud n'a-t-il pas marqué toute la pensée européenne contemporaine ? Les enjeux ne concernent-ils pas la vision européenne de la psyché, si différente du faux modèle technicien américain? RELATIO-Europe fait le point sur un débat qui concerne la nature même de la société.

 

 

31.05.2007

Adieu à Philippe Lacoue- Labarthe

Un Au-delà pour la Phrase

De nous deux, de nos rencontres, de nos échanges intimes, je serai dans la pudeur du silence.  Je sais trop bien que les morts comblent nos vœux au-delà de toutes nos espérances.

« De lui je ne sais rien que l’acte et que la mort.medium_lacoue_labarthe_paolini.3.jpg

L’une à l’autre ne donne aucune autorité

ni celle-là pourtant d’avance inscrite ni

l’autre le premier (ou peut-être le second)

où ne se lit nulle épitaphe nul indice

qu’il savait proche l’orage d’une sanction.

Aussi bien de toujours ne l’avait-il pas dit ? »

(Pasolini, une improvisation)

 

 

La mémoire c’est la pensée.

La revue Lignes, dirigé par Michel Surya, vient de reparaître avec un très beau numéro consacré à la pensée de Philippe Lacoue-Labarthe, philosophe, germaniste, homme de théâtre et de musique, disparu le 28 janvier 2007.

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Hommage à l’homme, hommage à l’œuvre à travers de  très beaux textes signés par quelques amis. Chacun d’entre eux témoigne, évoque avec exigence, avec  noblesse, avec pudeur, avec amour, la pensée et le penseur. Des  moments d’une vie, d’un travail. L’œuvre à l’œuvre soumise à l’épreuve  de la question interrogée... 
  
A la croisée des chemins, de la philosophie, de l’art et de la littérature, avec, en particulier,  la poésie  d’Hölderling et de Paul Celan, Philippe Lacoue-Labarthe nous laisse une œuvre exemplaire d’une vingtaine de titres et de traductions (Nietzche, Hölderling, Heidegger).
Heidegger, il n’a cessé de le questionner, avec courage, de livre en livre, à partir  de la compromission du philosophe avec le National socialisme. Une confrontation qui éclaire probablement ses autres approches, qu’elles s’appuient ou non sur la philosophie.
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Pour Philippe Lacoue-Labarthe, la philosophie est indissociable de la littérature.
Tout comme Walter Benjamin, il se considérait critique au sens romantique et non pas philosophe. (« Toute mon ambition est de finir le premier critique d’Allemagne ». Benjamin).
Pour Philippe, faire de la philosophie ne fait pas pour autant le philosophe. Même si cette discipline de la pensée  a été son domaine privilégié aussi bien dans son enseignement (Professeur émérite de philosophie) et dans sa véritable passion pour les idées.
Pour lui, un philosophe, c'est  un inventeur de la philosophie. Or, disait-il,  "je ne construis pas de concepts, je n'organise pas de système, je ne propose pas de l'ordre de la spéculation. Les philosophes qui savent tout, ça n'existe plus".
 « On ne sait pas tout quand on fait de la philosophie,on se pose des questions et poser des questions ce n’est déjà pas si mal ».
Avec son regard malicieux et un sourire éloquent, il me confiait que certains philosophes, aujourd'hui, avaient la vanité d'intervenir en public sur de nombreux sujets y compris ceux sur lesquels  ils n'ont qu'un avis de  citoyen...
Aujourd'hui, Philippe est mort ou c'était peut-être hier. Aujourd'hui je lis ou relis ses livres (Phrase, en ce moment). Une Déchirure. Une contradiction. Mort et vivant. Vie intense de ses textes et immense tristesse de le savoir dans un ailleurs sans adresse.. Le grain de sa voix m'accompagne  et me fait écho. Le deuil est vivant. 
Caroll de Maistre-Riot  

13.05.2007

Malaise dans l’éducation

« J’écris (…), non pour le lecteur d’aujourd’hui, mais pour tous les lecteurs qui pourront  se présenter, tant que la langue vivra ». (Gustave Flaubert, lettre à George Sand 1872)

Pouvions-nous espérer que la campagne électorale ait permis de  regarder en face  et de diagnostiquer  la situation catastrophique de l’enseignement et de notre système éducatif en France ? Un désastre pour les uns ! Un véritable naufrage pour les autres !

L’un des problèmes fondamentaux de l’école  qui devrait être posé  au cœur d’une réflexion collective c’est la question de son but, de son objet. Si le terme service public est venu remplacer la notion d’institution, ce n’est certainement pas un hasard. L’école doit, en effet, répondre à deux fonctions en même temps : un service rendu aux familles qui est de fournir une éducation à chaque enfant pour lui permettre de devenir un adulte, d’avoir une place dans la société et de pouvoir y travailler. Un rôle collectif qui est de constituer une nation autour de valeurs communes, de références communes et autour d’un grand récit historique. L’école comme institution devrait fournir la capacité à fabriquer des hommes libres, émancipés et par conséquent de bons citoyens.

 

L’urgence des réformes

 

Il faut absolument repenser les contenus scolaires, c’est un problème politique que doit se poser une société. Définir ce que les élèves doivent savoir, définir ce qui doit être acquis à chaque niveau et enfin définir quelles seront les compétences communes, le socle commun, à l’ensemble de la nation.  Un contrôle des connaissances par des examens obligatoires  à la fin de chaque cycle afin de pouvoir repérer les élèves en difficulté. Une école juste est une école qui fournirait à chaque enfant les instruments de la langue, et les compétences nécessaires pour le passage au niveau supérieur. Ecole, du latin scola,  du grec scholé ; loisir, loisir consacré à l’étude.

Malheureusement à mon grand désarroi l’école est devenue cette peau de chagrin ou l’instruction, l’apprendre à penser ne fait plus recette, la consommation, la culture de l’immédiateté, du tout  tout de suite, l’affirmation de soi, le soi-mêmisme (plus chacun est soi-même, mieux tout le monde est pareil, médiocrement pareil) ne cesse de faire des adeptes. S’agit-il de fabriquer des crétins procéduriers, adaptés à la consommation ou des hommes libres ?  

 

Le français, une langue étrangère

 

On est, aujourd’hui, devant un constat alarmant et il faudrait manquer de  lucidité pour ignorer qu’une bonne partie  de la  jeunesse y compris la jeunesse favorisée ne maîtrise pas la langue française et ne manie pas les concepts. La langue française serait en passe de devenir une langue étrangère, « une démo en live dans votre service SFR ». Ce qui prévaut ce sont les talk shows télévisés où chacun peut « démocratiquement » donner son avis ! Expression fameuse de François Taillandier à propos des animateurs de télé « Les pignoufs de la télé dont la grossière autosatisfaction culmine dans le clochardisme expressif le plus déboutonné ».

Si nous devions revisiter l’école laïque de la III République , nous serions tristement étonnés de constater à quel point l’école a été vidée, insidieusement, de ces principes fondamentaux. La connaissance, le savoir, l’étude, l’esprit critique, la transmission de la grande Culture léguée par les siècles d’histoire sont passés à la trappe au profit  de trente ans de réformes dites « démocratiques » où l’absurdité est revendiquée : les élèves ne sont plus des élèves mais des jeunes et les professeurs ne sont plus des professeurs. "Les jeunes (..) ,ce qu'ils veulent, c'est inter réagir". (Mr Allègre)

Les responsables politiques et les experts en pédagogie n’ont cessé de dire aux professeurs qu’ils devaient abandonner leur archaïque prétention d’enseigner.

Les « enfants de la télé »

Il serait grand temps que l’école résiste à la sommation d’être en elle-même démocratique si elle veut se sortir de cette impasse. La préférence aux nouvelles technologies, de la télévision à inter net montre que la volonté utilitariste est portée par le système éducatif mais aussi les parents. On est en droit de se demander si ces outils de communication n’ont pas ravi ceux de l’école, et ne se sont pas substitués à la fonction éducative des parents auprès des enfants.  

Ce sont pour l’essentiel ces « enfants de la télé » qu’on retrouve désormais à l’école. Certains professeurs font parfois l’amer constat que ceux qu’ils ont devant eux ne sont plus des élèves : plus d’écoute, la parole a disparu non qu’ils soient devenus muets mais une grande difficulté à s’intégrer dans le fil du discours.

A l’université, on voit tout un courant pédagogique se mettre en place refusant de demander aux étudiants de penser. Il faudrait les distraire, les animer, les laisser « démocratiquement » zapper à leur guise, leur faire raconter leur vie, leur montrer que les acquis de la logique ne sont que des abus de pouvoirs. Le savoir est devenue une préoccupation presque accessoire.

Nous vivons à cet égard un tournant capital, car si la forme est atteinte, ce ne sera pas seulement les institutions que nous avons en commun qui seront en danger, ce sera aussi ce que nous sommes. Ce que sommes-nous en train de devenir ?

« L’éducation libérale (libéral : dans son sens ancien, de désintéressé, digne d’un homme libre) est une éducation qui cultive ou qui a pour fin la culture. Le produit finit d’une éducation libérale est un être humain cultivé » (Léo Strauss)